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Reproduisons-nous nécessairement le mode éducatif de nos parents ? 1/2

Hello ! Je reviens après un petit temps d’absence, en petite forme mais plus motivée que jamais. Après l’Asie, j’ai enchaîné avec un salon en Allemagne et je suis de retour que depuis aujourd’hui, autant dire que la première moitié de ce mois de Janvier a été sport !

Mais me voilà enfin de retour auprès de ma famille pour de longs mois avant le prochain déplacement.

Au cours de ma présence sur le salon professionnel, j’en suis venue par je ne sais quel moment à discuter d’éducation avec deux de mes fournisseurs et un thème revenait souvent : ils insistaient sur le fait que, que nous le voulions ou pas, nous reproduisons tous le mode éducatif de nos parents. Si nous avons grandi avec des fessées ou des punitions alors forcément, nous faisons ou ferons de même aujourd’hui avec nos propres enfants.

Vous vous en doutez, je ne partage pas ce point de vue. Mais je trouvais le sujet intéressant à traiter. En fait, j’ai moi-même tenu ce discours avant de devenir mère mais ma vision a depuis totalement changé, ou plutôt comme j’aime à le penser, évolué. A mon sens, dans la façon que ma mère m’a élevé et éduqué, il y a du bon comme du mauvais. Donc évidemment, ce qui me semble bon, je le garde et le reproduis dans mon mode éducatif contrairement à ce qui me semble mauvais.

Pour commencer, je vais lister les trois aspects de l’éducation que je ne retransmettrai pas ou que je m’efforcerai de ne pas retranscrire sur mes enfants. Je tiens à préciser au préalable que je ne flagelle nullement ma mère pour ses méthodes d’éducation car elle a dû malgré elle faire face aux tourments de la vie qui l’ont contraintes à être mère célibataire de cinq enfants dès l’âge de 39 ans, mais déjà parent quasi unique depuis toujours, puisque mon père ne participait pas ou peu à notre éducation lorsqu’il faisait encore partie de nos vies. En tant que mère au foyer jouant à la fois son rôle mais également celui d’un père, il lui a fallu faire preuve de fermeté, d’autorité et de dureté pour se faire respecter par ses cinq enfants. Et pour autant, elle avait aussi son côté tendre, doux, affectueux d’une mère. En d’autres termes, je lui voue un respect sans précédent pour ce qu’elle a dû subir et ce qu’elle a accompli. Les remises en questions, les remises en doute, les sacrifices, les regrets, les souffrances, les inquiétudes, les angoisses, les moments de fierté… elle a dû tout vivre seule ou presque (un article dédiée à la vie de ma maman, de son enfance à aujourd’hui est programmé… et vous comprendrez pourquoi cela me tenait à coeur) alors je ne jugerai pas trop négativement ses méthodes, sommes toutes dans l’ère du temps durant ces années-là…

La fessée

Il semblerait que dans les années 80-90, la fessée semblait être assez « en vogue » (du moins, autour de moi, tous mes amis en recevaient et les parents n’en rougissaient pas) et n’était pas particulièrement vue comme un acte répressible mais bien d’une méthode d’éducation. Il est clair que mes parents ne nous battaient pas et qu’aucun d’entre nous n’avons été traumatisés, mais la fessée faisait partie intégrante de notre enfance. Mes parents y avaient le plus souvent recours en cas de résistance de notre part face à une réprimande orale ou en cas de grosse insolence (chez nous ça se traduisait par des « pfff », « ouais ouais », « c’est ça oui »…).

Les « outils » qui servaient alors à nos fessées étaient multiples : la main, la ceinture (ça c’était plus réservé à mes frères qu’à ma sœur et moi), le bâton, la spatule en bois, la tong à portée de main (oui, je suis vietnamienne pour rappel)…

Mais en grandissant (vers 10-11 ans) mes deux frères (l’aîné était déjà bien plus âgé que nous donc je n’ai jamais eu le souvenir de lui, se prenant une fessée), ont commencé à en rire et feintaient ma mère en portant plusieurs couches de slips pour amortir les coups. Il faut dire qu’ils jouaient bien la comédie devant elle en simulant des larmes, j’en ris encore aujourd’hui en les revoyant retourner dans la chambre en se marrant d’avoir berné maman.

Mais je ne vais pas mentir, bien que les fessées ne m’ont pas traumatisé une fois adulte, je me rappelle que cela m’empêchait d’être totalement ouverte à ma mère de peur de m’en prendre une. La peur de la fessée était telle qu’on préférait taire certaines choses pourtant parfois anodines, au risque que cela puisse devenir « dangereux ». Par exemple, un jour alors que ma mère était sortie faire des courses et que mon père dormait sur le canapé, mes deux frères et ma sœur ont décidé de jouer à chat dans le noir dans la chambre. Manque de chance, un de mes frères se blesse la fesse sur le coin d’un meuble et cet accident lui a valu une belle et profonde entaille. De peur de la punition et de la fessée, ils ont tous décidé de taire l’événement et mon frère s’est donc soigné lui-même (il devait avoir 12 ans tout au plus) à l’antiseptique et pansement. Avec du recul et compte tenu de l’énorme cicatrice que cela lui a laissé, on a compris après plusieurs années que cette blessure aurait sûrement mérité quelques sutures. Heureusement, il n’y a pas eu d’infection et tout s’est bien terminé. Mais le point est que la fessée peut avoir un effet plus pervers que le traumatisme lui-même : la prise de risque volontaire impulsée par la peur.

Pour vous situer les événements, mes parents ont divorcé quand j’avais 6 ans et donc mon second frère en avait 12. Peu de temps sépare l’anecdote que je viens de vous raconter, de la séparation de mes parents.

L’absence de liberté et d’intimité

Le titre de ma section peut paraître très dur mais dans certaines mesures je n’exagère pas. Ma mère est ce que j’ai de plus précieux au monde avec mes enfants et elle nous aime plus que sa propre vie. Mais pour faire écho avec mon laïus en introduction, étant mère célibataire, elle devait se sentir obligée d’être « dictatrice » sur les bords pour parvenir à nous « dompter ». Malheureusement, une fois entrée dans ce système de gouvernement, il est quasi impossible d’en sortir.

C’est ainsi qu’aucun de nous, et encore moins ma soeur et moi, n’avions le droit de revendiquer nos droits comme pouvaient le faire nos amis (quelque part c’était un mal pour un bien). La culture vietnamienne n’aidant pas beaucoup d’ailleurs.

Dans la même logique, tous nos courriers étaient ouverts et lus. A vrai dire, cela ne nous dérangeait pas vraiment puisque nous n’avions rien à cacher mais avec du recul, je me dis que c’était un peu moyen… Je me souviens qu’à quelques reprises j’étais déçue de ne pas avoir le plaisir d’ouvrir un courrier qui m’étais adressé mais de le trouver déjà ouvert et déplié sur la table.

Habitant dans un appartement de 3 chambres pour 7 personnes (nous vivions avec ma grand-mère maternelle, pour notre véritable plus grand bonheur), seul mon frère aîné avait le droit à son intimité en ayant sa propre chambre. Niveau intimité, nous étions au top du top ! Mais il faut avouer que cette promiscuité familiale nous a permis d’être tous les cinq très proches. On se couvrait mutuellement pour que les uns et les autres puissent avoir quelques minutes seul pour passer un coup de fil, rédiger une lettre etc. En tout cas, il faudra attendre mes 20 ans, une fois tous mes frères partis de la maison, pour que je puisse avoir ma propre chambre et un semblant de vie privée… et encore !

Comme un sentiment d’isolement

Ma mère était une grande angoissée quand il s’agissait de ma soeur et moi. Elle craignait constamment qu’on rencontre un garçon mal intentionné ou qu’on tombe du « côté obscur », ce qui la poussait à nous surveiller de très près. A l’arrivée des téléphones portables, elle checkait nos détaillés téléphoniques, si à un instant T elle voulait surveiller nos messages, elle savait pertinemment qu’on n’aurait pas oser nous y opposer etc. Personnellement, même sans rien faire de mal, j’étais très souvent dans un stress insoutenable. Parce que je parlais de garçon dans mes messages avec mes copines et que je craignais de me faire engueuler si elle le découvrait, je devais faire constamment attention à bien tout supprimer après les échanges… alors qu’évidemment, je sais maintenant que je paniquais pour rien, elle n’était pas non plus cinglée. Mais la peur était telle que j’étais incapable de raisonner avec discernement.

La quête de la perfection ou l’éternelle insatisfaction

Enfant, j’étais une petite fille très curieuse et assoiffée de connaissance. L’avantage d’avoir des grands frères et grandes soeurs c’est que je pouvais progresser plus vite que la plupart de mes amis. Les lectures de mon âge m’ennuyaient et les devoirs aussi. Du coup, je prenais les livres de ma soeur de trois ans mon aîné et je retenais ses cours d’anglais quand elle les récitait. En bref, j’ai toujours été une élève brillante qui excellait dans quasiment tous les domaines.

Cette qualité que j’avais, faisait la fierté de ma mère et donc la mienne. Au départ c’était agréable, j’étais récompensée pour mes bons résultats avec majoritairement des livres et cela faisait mon bonheur. Mais voilà que cette quête de la perfection était devenue contagieuse : il fallait absolument que je sois la meilleure en tout sinon je me dévalorisais. Sauf que ma mère n’avait pas remarqué cela car je ne le montrais jamais. Quand je rentrais d’un contrôle (et je parle de la primaire et du collège) avec une note de 17/20 au lieu d’un minimum de 18/20, je me prenais une gentille soufflante mais surtout elle me faisait comprendre qu’elle était déçue et ça c’était le pire. Je détestais décevoir !

Par la force des choses, je faisais toujours le maximum pour être la meilleure en tout, au risque de devenir presqu’insupportable pour certaines de mes amies. En revanche, je n’ai jamais écrasé qui que ce soit pour obtenir ma place. C’était soit je la méritais soit je ne la méritais pas, punto ! Par contre, j’agaçais mes amis quand j’avais la mine déçue d’avoir un 17 quand ils étaient déjà contents d’avoir un 13…

Le pire souvenir a été celui de la kermesse de l’école quand j’étais en CM1. Le thème du spectacle était « les drapeaux du monde ». Bien entendu, j’ai tout-de-suite choisi celui du Vietnam pour faire la surprise à ma mère (je dis ma mère car mon père ne venait jamais à aucune des kermesses). Durant le spectacle j’ai eu la merveilleuse surprise de voir mon père arriver parmi les spectateurs, et ma mère comme toujours était déjà là (elle a toujours été là pour tous nos spectacles, tous nos examens, tous les événements… elle a toujours été là pour nous). Mais à la fin du spectacle, j’ai couru vers mes parents, fière de ma surprise pour eux, et tandis que mon père me félicitait, ma mère m’a seulement dit « ce n’est pas le vrai drapeau du Vietnam ça, c’est le drapeau des Viet Cong, tu aurais dû en prendre un autre ». Douche froide, ou plutôt congélation immédiate. Je me rappelle avoir ressenti une peine immense qui avait fini par me gâcher la journée entière. Et cette anecdote n’en était qu’une parmi tant d’autres. Et parce que je taisais toujours ma frustration, elle n’a jamais compris à quel point son insatiable quête de LA perfection pouvait m’affecter et avait pu affecté ma vie de jeune adulte par la suite.

Le besoin de toujours gagner…

Donc sans entrer dans les détails de mes années lycées, universités et école de commerce, cet aspect de son éducation a été la marquante dans ma vie et celle qui m’a le plus coûté. Et pourtant, devant moi elle avait sa mine de la déception maternelle, mais quand elle en parlait autour d’elle, j’étais sa plus grande fierté. Elle a toujours eu ce syndrome du coach : au lieu de motiver positivement, elle « rabaissait » dans le but de me booster alors qu’elle pensait tout autre.

En bref, dans son éducation que j’ai résumé en 3 parties parties ici alors qu’elle en compte au moins une quinzaine mais je pourrais en faire un livre si je me voulais exhaustive, ma mère n’a pas toujours fait les bons choix dans la forme bien que le fond a toujours été noble et juste. En grandissant et en murissant, j’ai énormément évolué et je dois reconnaître que son influence est devenue positive. Je n’ai nullement plus le besoin de la reconnaissance des autres ou d’être la meilleure, bien au contraire. Depuis mes 25 ans, ma seule quête est mon épanouissement personnel dans tout ce que j’entreprends. La perfection n’existant pas.

Avec ces expériences, je sais que je ne souhaite pas faire vivre les mêmes choses à mes enfants.

Je refuse qu’ils me craignent, je souhaite qu’ils me respectent

Je refuse qu’ils se sentent obligés de me mentir, je souhaite qu’ils se sentent en sécurité et qu’ils sachent qu’ils peuvent tout me dire

Je refuse qu’ils se mettent la pression pour me satisfaire, je souhaite qu’ils fassent ce qu’ils aiment et qu’ils fassent au mieux

Je refuse qu’ils se sentent frustrés, stressés ou angoissés, je souhaite qu’ils s’épanouissent

Je refuse qu’ils aient à me fuir pour être ce qu’ils sont, je souhaite qu’ils me parlent pour que je puissent les aider

Je refuse qu’ils prennent des risques par peur, je souhaite être leur repère

Je prends le risque qu’on me reproche d’être une mère laxiste, mais je saurai au moins que j’aurais été une mère pleinement investie dans la vie de ses enfants. Je ne les punirai pas, je ne leur donnerai pas de fessée, je ne chercherai pas la perfection chez eux et je ne m’interposerai pas dans leur vie privée à partir d’un certain âge sauf si je ressens un danger ou un risque planant. J’ai souffert moi-même de tout cela, je refuse que mes enfants en souffrent à leur tour. Aucun parent n’est parfait, aucune éducation n’est LA bonne, nous faisons tous de notre mieux et ce qui nous semble bon pour nos progénitures. Et ce qui me semble bon en l’occurrence, c’est de rayer ces 3 méthodes de ma ligne d’éducation.

En revanche, je n’hésiterai pas à reprendre les bonnes méthodes de ma mère pour bien élever mes enfants ! Et je ne la remercierai jamais assez pour tout ce qu’elle nous a apporté… et qu’elle nous apporte encore !

Et vous, pensez-vous reproduire l’éducation que vous avez vous-même reçu ?

C.

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